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Est-ce que l’IA va tuer les sites web ?

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Un golem fait de bulles de conversation lit un site web sur un ordinateur portable pour illustrer l'article : l'IA va-t-elle tuer votre site web ?
Frédéric Pineau - Expert Web Performance
publié par

Frédéric Pineau
Directeur Technique

Depuis deux ans, clients, collaborateurs, associés, amis me demandent si avec l’avènement de l’IA je m’inquiète pour mon métier. Je n’ai pas vraiment eu le temps de m’inquiéter tant nous sommes affairés à développer notre activité d’audit notamment avec MilleCheck. Mais force est de constater que nous sommes fortement challengés par ce nouveau golem. Avec un peu de recul je pense qu’on peut analyser les choses froidement et appréhender le nouveau paradigme derrière l’usage des IA. Je suis du genre pragmatique et je vais essayer de répondre à cette question : est-ce qu’un site web est encore utile pour une entreprise en 2026 ?

NB : je sais qu’en tant qu’agence web vous pourriez penser que mon propos ci-dessous doit être certainement biaisé. Je vais quand même essayer d’être objectif et d’apporter quelques sources externes.

De quoi une IA a-t-elle besoin pour répondre à nos questions ?

De contenu.

Une fois que j’ai dit ça, la messe n’est pas dite pour autant. Le contenu peut se trouver sur plein d’autres supports que votre site web, et on peut se demander pourquoi l’IA irait chercher la réponse chez vous plutôt qu’ailleurs. Je dirais même qu’il est fort probable qu’elle ne la cherche pas sur votre site. À part si vous avez une très forte notoriété de marque, l’IA va s’appuyer sur plein de critères pour choisir les contenus qu’elle traitera ensuite pour répondre. Parmi ces critères, on peut citer :

  1. La présence de ces contenus dans les moteurs de recherche. Les IA passent par un index de recherche, celui de Google ou de Bing, pour aller chercher de l’information fraîche. Si vous n’êtes pas indexé, vous n’existez pas. Mais être premier ne suffit plus : selon Ahrefs, seules 38 % des pages citées dans les AI Overviews figuraient dans le top 10 de Google en mars 2026, contre 76 % huit mois plus tôt. Traiter un sujet sous plusieurs angles compte désormais plus que tenir une position sur un mot-clé.
  2. Des contenus originaux plutôt que génériques. Une IA n’a aucun intérêt à citer ce qu’elle sait déjà synthétiser toute seule. Dans l’étude fondatrice sur le GEO, des chercheurs de Princeton et de Georgia Tech ont montré qu’ajouter des statistiques, des citations et des sources augmentait la visibilité d’un contenu jusqu’à 40 %, alors que le bourrage de mots-clés ne donnait quasiment rien. Vos propres chiffres, vos retours d’expérience et vos cas clients sont donc votre meilleur atout.
  3. La validation par des tiers : avis, mentions, preuve sociale. Ce que les autres disent de vous pèse plus lourd que ce que vous dites de vous-même. En 2025, Ahrefs a étudié 75 000 marques : les mentions de la marque sur le web étaient trois fois plus corrélées à la visibilité dans les AI Overviews que les backlinks (0,664 contre 0,218). Dans son rapport du premier trimestre 2026, c’étaient les mentions sur YouTube qui ressortaient comme le signal le plus fort. Attention, ce sont des corrélations et pas des causes, mais la tendance est nette.
  4. L’accessibilité technique de ces contenus. Un contenu que le robot ne peut pas lire n’existe pas pour lui. Or une bonne partie des robots d’IA n’exécutent pas le JavaScript : Vercel, l’hébergeur derrière Next.js, a constaté que les robots d’OpenAI et d’Anthropic téléchargent les fichiers JS sans les exécuter. Il faut aussi que le robot ait le droit d’entrer.
    Depuis l’été 2025, Cloudflare bloque par défaut les robots d’IA sur les nouveaux sites qu’il protège, et beaucoup de propriétaires ne savent même pas que leur site est concerné.
  5. La qualité de l’expérience et de la structure : une page rapide, un contenu daté et mis à jour, des titres explicites, des réponses directes et des données structurées, qui permettent à l’IA d’extraire facilement l’information.

Et au-delà de ces critères, l’IA a besoin que ce qu’on dit de vous soit cohérent : même nom, même offre, même discours sur votre site, vos réseaux et les annuaires. Cette cohérence, comme la validation par des tiers, ne se joue pas uniquement sur votre site. D’où l’intérêt de développer aussi les autres vecteurs de contenu : YouTube, LinkedIn, Reddit, les podcasts… Pas parce que c’est à la mode, mais parce que c’est là que les IA génératives puisent une bonne partie de leurs réponses.

Semrush a analysé plus de 100 millions de citations sur ChatGPT, l’AI Mode de Google et Perplexity entre juillet et octobre 2025. Reddit et Wikipedia y dominent largement, et LinkedIn apparaît dans environ 15 % des réponses de l’AI Mode. Avec un bémol qui en dit long : sur ChatGPT, la part de Reddit est passée d’environ 60 % des réponses à 10 % en quelques semaines. Ces équilibres sont très instables, et c’est une raison de plus pour ne pas tout miser sur une seule plateforme.

Un avis sur Reddit, une discussion sous un post LinkedIn, une intervention dans un podcast, c’est exactement la validation par des tiers que les IA recherchent. Votre site affirme que vous êtes compétent ; les autres plateformes le confirment (ou pas).

On peut voir ça comme un modèle en étoile. Le site reste au centre : c’est la version complète et de référence de ce que vous savez faire. Les réseaux et les plateformes tierces servent à diffuser, à discuter, à accumuler de la preuve sociale, et renvoient vers ce socle. L’un nourrit l’autre.

Pourquoi ne pas tout miser sur les réseaux sociaux ?

Si les IA vont chercher une bonne partie de leurs réponses sur LinkedIn, YouTube ou Reddit, on peut être tenté de s’arrêter là et de laisser tomber le site. Ce serait une erreur : dépendre d’une plateforme tierce pour y développer son savoir-faire et son audience, c’est construire sur un terrain qu’on loue.

Rappelez-vous l’affaire Toys « R » Us contre Amazon. En 2000, Toys « R » Us confie en exclusivité sa vente en ligne à Amazon, qui ouvre ensuite sa plateforme à d’autres vendeurs de jouets. Toys « R » Us attaque, finit par obtenir 51 millions de dollars en 2009, mais entre-temps Amazon a appris son marché. L’enseigne fera faillite en 2017. Le mécanisme est le même aujourd’hui avec les réseaux sociaux : vous leur apportez votre contenu et votre audience, et ce sont eux qui en fixent les règles.

En 2019, Rand Fishkin défendait déjà l’idée que sur un réseau social, vous ne décidez pas de la visibilité que l’on vous accorde. Un changement d’algorithme, et votre portée est divisée par dix du jour au lendemain. On l’a vu plus haut avec Reddit, dont la part dans les réponses de ChatGPT en quelques semaines. Votre site, lui, est le seul endroit où vos contenus sont publiés en entier, et le seul où ils vous appartiennent vraiment.

Reste une question qui fâche : si les IA répondent directement à la place des sites, est-ce que quelqu’un viendra encore lire le vôtre ?

L’avènement du zéro clic

Le zéro clic, c’est une recherche qui se termine sans que l’internaute clique sur le moindre lien. Ce n’est pas tout à fait nouveau : dès 2024, une étude de SparkToro (la société d’analyse d’audience fondée par Rand Fishkin, encore lui) menée avec Datos, un fournisseur de données de navigation, estimait qu’environ 60 % des recherches Google se terminaient sans clic, aux États-Unis comme en Europe. La météo, les horaires d’une boutique, les extraits enrichis… Google répondait déjà à notre place via ses SERPs.

Avec l’IA, ça s’accélère franchement, et sur plusieurs fronts. Google a d’abord ajouté les AI Overviews, ces résumés générés qui s’affichent au-dessus des résultats classiques. Le Pew Research Center, un institut de recherche américain indépendant, a analysé la navigation de 900 adultes aux États-Unis : ils cliquent sur un résultat classique dans 8 % des cas quand un résumé IA s’affiche, contre 15 % sans. Et le lien cité dans le résumé lui-même ? Environ 1 %.

Mais désormais, une partie des recherches ne passe plus du tout par un moteur. Quand on pose sa question directement à ChatGPT, Claude, Perplexity ou Gemini, il n’y a plus de page de résultats. L’agent conversationnel lit, synthétise et répond, et les sources sont au mieux citées en bas de la réponse. Le zéro clic devient presque la norme.

Moins de clics, mais des clics qui valent plus cher

Le zéro clic a un effet que l’on voit moins : si on clique moins, les clics qui restent comptent davantage. Quand quelqu’un arrive sur votre site après avoir interrogé une IA, il a déjà fait le tri. Il sait ce qu’il cherche, il a vu votre nom cité, et il vient vérifier. Ce n’est plus un curieux qui passe, c’est quelqu’un qui est en train de prendre une décision.

Une étude publiée en septembre 2026 par Kinsta, réalisée par l’institut Propeller Insights auprès de 1 008 consommateurs américains, va dans ce sens. Je précise que Kinsta est un hébergeur web, donc pas plus neutre que nous sur la question, mais les chiffres restent intéressants.

  • 59,2 % des personnes interrogées utilisent l’IA pour leurs recherches,
  • et 53,8 % reconnaissent qu’il leur arrive de ne pas passer par un site.

Jusque-là, rien de rassurant pour les sites web.

  • Mais seulement 18,8 % font confiance à une recommandation de produit faite par une IA sans vérifier ailleurs,
  • et 44,7 % disent aller toujours ou presque toujours sur le site de l’entreprise après une recommandation de l’IA.

Le site devient l’endroit où l’on vérifie

Autrement dit, l’IA vous fait connaître, mais c’est votre site qui confirme que vous êtes crédible.

Cette visite de vérification se joue en quelques secondes, et selon la même étude Kinsta, 61,1 % des répondants associent la qualité d’un site à celle des produits ou services de l’entreprise. Un site lent, daté ou bancal fait perdre la confiance que l’IA venait de vous donner.

Le visiteur cherche d’abord de la cohérence avec ce que l’IA lui a dit, et c’est parfois à votre site de corriger. Les IA se trompent : Ahrefs a montré qu’elles reprenaient comme des faits des affirmations inventées de toutes pièces. Il cherche ensuite des preuves : des cas clients concrets, une page mise à jour récemment, une équipe identifiable.

Bonne nouvelle, le robot et l’humain ont les mêmes exigences. Un HTML propre, rapide et accessible permet à l’IA de lire vos contenus, et rassure le visiteur qui vient vérifier. C’est ce que défend artwaï depuis 2005, et c’est typiquement ce que MilleCheck passe en revue lors d’un audit : performance, accessibilité, structure.

Et si l’IA faisait disparaître les sites web ?

Imaginons que demain, plus aucune entreprise ne publie sur son propre site, et que tout passe par les IA et les plateformes. Les IA iraient chercher leur contenu sur quelques grandes plateformes, et plus personne ne pourrait vérifier ni corriger à la source, puisqu’il n’y aurait plus de source.

Et petit à petit, les IA finiraient par se nourrir de contenus générés par d’autres IA. Des chercheurs d’Oxford et de Cambridge ont montré dans Nature en 2024 que des modèles entraînés sur des données qu’ils ont eux-mêmes produites se dégradent de génération en génération, jusqu’à perdre ce qui était rare ou original. Un web sans sites, ce serait un web qui tourne en rond.

Ce n’est pas qu’une hypothèse de chercheurs. Le 14 septembre dernier, Wikipédia en français a interdit les articles rédigés par IA générative, parce qu’ils donnaient « tout et n’importe quoi (…) tout en ayant une apparence de sérieux, ce qui les rend d’autant plus trompeurs quant à leur valeur véritable ».

Autrement dit, les IA ont besoin des sites web bien plus que les sites web n’ont besoin des IA.

Alors oui, un site est encore utile en 2026, mais son rôle change. Ce n’est plus tellement une vitrine qui attire du trafic. C’est la source d’origine, celle qui vous appartient, que les IA viennent lire et que les humains viennent vérifier.

Vous l’aurez compris, le site web n’est pas mort. Mais je sens venir la question suivante, et elle nous concerne encore plus directement : si l’IA peut désormais créer ce site toute seule, à quoi sert encore une agence web ? Cela fera l’objet d’un prochain article que je vous partagerai après une certaine période de réflexion car j’ai pas prévu de reconversion immédiate et je sens que je vais devoir être très convaincant. 😉

Visuel généré à partir d’une intelligence artificielle.

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